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Bilan de la journée agriculture

 

L’agriculture : un secteur pourvoyeur d’emplois localement et qui influence le territoire

Depuis que je suis élu, j’ai visité bon nombre d’exploitations agricoles de la circonscription. J’ai pu relever l’important problème de considération à l’égard du monde paysan et le besoin d’expression plus forte sur l’agriculture conventionnelle, qui produit de la nourriture de qualité. Je n’oppose pas les modèles entre eux, ils sont complémentaires.

Alors, quand le Projet de loi « Egalim » pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable a été voté en première lecture le 31 mai 2018 à l’Assemblée nationale (plus de 77 heures de débat), j’ai souhaité pouvoir échanger avec les acteurs de terrain sur les enjeux de ce texte. Ils me disaient qu’il s’agissait pour eux du « texte de la dernière chance ».

Ma journée « carte blanche » Agriculture

Ce vendredi 8 juin 2018, j’ai donc invité Jean-Baptiste Moreau, agriculteur dirigeant de coopérative et rapporteur du projet de loi à l’Assemblée, à une journée de déplacements au sein de différentes exploitations de la circonscription ; ainsi qu’Oliver Allain, agriculteur et vice-président chargé de l’agriculture et de l’agroalimentaire à la Région, coordinateur national des Etats généraux de l’alimentation et ma collègue Graziella Melchior, députée de la 5ème circonscription.

La démarche, en partenariat avec la Chambre d’agriculture du Finistère, et seulement une semaine après le vote à l’Assemblée, a visé à croiser les regards sur l’agriculture, secteur clé pour notre territoire et auquel je suis particulièrement attaché. Faut-il rappeler que la France reste la première puissance agricole d’Europe ? Jean-Baptiste Moreau a d’ailleurs rappelé que : « Le but de ces visites est d’évaluer sur place les différentes problématiques des exploitations agricoles et notamment les coûts de production. Il faut soutenir les exploitants agricoles dans leurs activités en leur apportant des solutions viables et concrètes pour une alimentation saine et durable ».

Des déplacements dans la circo

Les déplacements de la journée ont permis de visiter des exploitations très différentes les unes des autres et d’aborder les enjeux sous différents angles :

  • Au sein du GAEC HINDRE à Plouzané d’abord, nous avons échangé sur les enjeux de l’agriculture, de l’agroalimentaire, et des filières alimentaires de proximité. A été évoqué à cette occasion le grignotage des terres agricoles et l’accaparement des terres.
  • La visite d’une exploitation sous serre à Saint-Renan (SCEA D’HEOL) a permis ensuite d’avoir un échange avec les maraîchers Cloatre qui nous accueillaient ainsi que Pierre-Yves Jestin, président de SAVEOL. La visite de la serre (3 ha) a permis de soulever les enjeux liés à l’emploi, l’énergie et l’image. Je retiens aussi que la problématique foncière est récurrente chez les serristes qui sont en recherche, comme les autres agriculteurs, de surfaces nouvelles. Le lien entre surface occupée et création d’emplois est d’ailleurs un élément à prendre en ligne de compte à mon sens.
  • Enfin, la dernière visite s’est tenue à Bourg-Blanc, chez David Jestin qui dirige une exploitation en production porcine. L’exploitation a bénéficié d’importants investissements de modernisation. Nous avons visité l’atelier de production (lavage et échange d’air, système de récupération) et échangé sur les modes de production (conventionnel, bio..) en évoquant les enjeux liés à l’approche installation. Un point sur le numérique a été dressé par Jean-Jacques Deniel. La problématique du parc vieillissant des porcheries dans le Finistère a été abordée; ce qui est à mettre en parallèle avec la problématique de l’âge avancé des dirigeants. Quid du renouvellement et de la modernisation de l’outil ? Quid de la transmission ? ce sont de vraies questions pour la filière.

Réunion publique en soirée

Dans le cadre de la réunion publique, Olivier Allain a rappelé un certain nombre de chiffres déculpabilisants pour le monde agricole :

  • La ferme France génère un chiffre d’affaires de 70 milliards €
  • ainsi que des revenus d’environ 13 milliards € ;
  • elle bénéficie d’aides publiques de 13 milliards € ;
  • Sur un produit vendu 100 €, 14 € seulement vont à la matière première.

Ces chiffres montrent que la problématique agricole ne peut plus être une problématique budgétaire. Il s’agit désormais bien d’une question de création de valeur. C’est tout le sens des Etats Généraux de l’Alimentation qui ont été menés de manière transversale et qui ont permis qu’on parle d’agriculture en France pendant 6 mois.  Les EGA ont rassemblé de manière inédite l’ensemble des acteurs : producteurs, industriels, distributeurs, consommateurs, professionnels, associations, autour des grands enjeux de l’agriculture et de l’alimentation. Pour préparer la loi, l’ensemble des acteurs a été consulté et le Gouvernement a travaillé avec tous les acteurs concernés, et pas seulement avec les industriels.

Issus de ces EGA, le projet de loi a donc 3 objectifs (déclinés en mesures concrètes) :

  1. Payer le juste prix aux producteurs, pour leur permettre de vivre dignement de leur travail ;
  2. Renforcer la qualité sanitaire, environnementale et nutritionnelle des produits et troisièmement ;
  3. Favoriser une alimentation saine, sûre et durable pour tous.

Jean-Baptiste Moreau a notamment rappelé l’objectif du Titre 1 de ce texte, trop souvent laissé de côté par les médias. La rémunération des agriculteurs et leur épuisement est à prendre en compte. Faut-il rappeler qu’est commis un suicide tous les deux jours en France ? C’est la catégorie socioprofessionnelle la plus à risque : la surmortalité par suicide chez les agriculteurs est 20 à 30% supérieure à la moyenne de la population. Assurer un revenu à nos agriculteurs n’est-il pas le gage pour préserver le modèle agricole familial (capitaux familiaux) ainsi qu’un aménagement du territoire équilibré ?

En complément du projet de loi, d’autres mesures sont prises pour atteindre les objectifs fixés par le Gouvernement : La concertation a été lancée sur le Plan Ambition Bio, qui vise à passer de 6,5% à 15% de surface agricole en mode bio d’ici 2022 ; 5 milliards € seront consacrés à l’accompagnement de la transformation du monde agricole et agroalimentaire dans le cadre du Grand Plan d’Investissement ; la feuille de route 2018-2022 pour une politique de l’alimentation prévoit notamment de développer les actions dans l’éducation, d’améliorer l’information des consommateurs, de favoriser les initiatives locales et de renforcer l’attractivité des métiers ; les acteurs des filières se sont engagés dans les plans de filière à 5 ans sur l’amélioration des relations commerciales et de la répartition de la valeur et sur la montée en gamme des produits pour mieux répondre aux attentes des consommateurs.

La loi « EGAlim » : une loi de terrain qui responsabilise tous les acteurs « de la fourche à la fourchette »

La loi responsabilise :

  • A la fois les consommateurs, appelés à devenir des « conso-acteurs« .
  • Mais aussi les agriculteurs, appelés à opérer la « montée en gamme » de la production. Qu’on ne s’y trompe pas, cette montée en gamme ne sous-entend aucunement que ce qui était produit jusqu’alors était de mauvaise qualité. Au contraire le soutien à l’agriculture consiste à redire la qualité qui était déjà celle de la production française. Dans le contexte de concurrence accrue, il s’agit bien d’accompagner au changement et d’outiller notre production agricole pour mieux se confronter à la compétition internationale. Il s’agit d’être en capacité de légitimer de meilleurs revenus face à ce qui peut être produit de manière comparable ailleurs. Comment mettre davantage en valeur la qualité de notre production ? Au travers d’une stratégie de différenciation. Démarquer ainsi la production agricole française des produits dits standards permettra de se protéger contre les aléas de marché. Bien évidemment des questionnements demeurent encore chez les agriculteurs sur la massification de cette démarche et c’est ce qu’ont révélé les échanges lors de la réunion publique. Les plans de filières sont une première réponse. En tout état de cause, il s’agit bien de viser des marchés avec de la valeur ajoutée, des marchés rémunérateurs.
  • A la fois par la grande distribution. A cet égard, on ne peut que se féliciter de l’amendement sur le bilan concurrentiel filière par filière. Défendu par mon collègue Jean-Baptiste Moreau, cet amendement sur les alliances entre centrales d’achat est un premier pas. Dans cette logique, le renforcement des moyens de la DDCRF est visé et un travail avec Bercy est entrepris pour trouver une alternative à la LME qui ne fonctionne pas depuis 10 ans. Avec cet amendement, il s’agit de contrôler la concentration accrue de la distribution, en renforçant le dispositif législatif encadrant le rapprochement des centrales d’achat afin de donner à l’autorité de la concurrence davantage de moyens pour les contrôler.

Et maintenant ?

Une réforme de la fiscalité agricole est annoncée pour la loi de finances de 2019, il s’agira d’y inscrire les outils de précaution dont ont besoin les agriculteurs. Une loi foncière devrait également être présentée avant la fin de l’année. Dans ce cadre, une contribution émanant de la chambre régionale d’agriculture devrait être présentée et soumise aux parlementaires. Bien entendu je soutiendrai ce qui va dans le sens de meilleures conditions de développement de notre agriculture.

 

 

 

 

Serre Cloâtre. Visite des députés © Le Télégramme

Loi Agriculture et alimentation. « Il y a un sentiment d’urgence » © Le Télégramme

Réunion publique à Milizac. L’agriculture au cœur du débat © Le Télégramme

EGA : les engagements ont été tenus © Terra

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1 commentaire sur “Bilan de la journée agriculture”
  1. Pourquoi ne pas s’attarder, ne serait-ce qu’un peu sur la concurrence des producteurs européens entre eux, de lait par exemple. Ou de produits comme l’UHT ?

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